Reflux (III)


L’épaisse tenture que la nuit a dressée
Sur la sente de mon camposanto
Parfois soupire son faix d’odeurs grises.

Tantôt chapelle humble et sans âge
Assise sur un mamelon de terre voilée
Qui veille un cimetière enfoui dans les flots,

Tantôt temple dont les ruines brisées
De leurs doigts de bois hantent le rivage
D’où je vois danser un alphabet d’os,

De Serre-Ponçon ou de Quechula,
Je me demande alors l’âme grise
De quelle veine en poindra la croix.

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Reflux (II)


Le silence terrible qu’éclate le vent sur les torses des falaises normandes, qui sait où, une rafale avant, il était contenu ?

Les poussières de craie qui volent en cordon quand tremblent les pans nus des terres, qui sait où, une rafale après, elles délaieront leurs syllabes éclatées ?

Le blanc bouillon de la mer où se noient les spectres de l’abandon, qui sait quand, sous tes paupières fermées, il crachera les chants indésirés du souvenir ?

Voir « Reflux I« 

Reflux (I)


 

Après la vaisselle, machinalement

Le regard inspecte la peau rongée

Autour des ongles et les couches

Allongées comme fossiles.

Quelques forces inconnues

Suffisent à rhabiller l’oubli.

 

De l’horizon qui s’ouvre, bancal,

Des sabots remuent écume et sable.

Pas lourd, yeux humides et ronds,

Les chevaux noirs portent de maudits souvenirs

Et se nourrissent des vagues dont

Je voulais les recouvrir.

Accepter


En marée, le vent s’épandait

Sur les jardins en escalier

A Nanterre, le vent s’ é p  a   n    d     a      i        t

 

Pluie, douce,

Qui lave le chagrin de l’hiver.

 

Les bouleaux ainsi noircis

Jouent avec la mue,

L’impossible chrysalide

 

Etendent leurs doigts

Pour

Chatouiller le gros ventre des nuages

Telles araignées d’eau

Qui se moquent des surfaces.

 

 

ET TOI

 

Qu’attends-tu, contenant ton tremblement sur la toile ?

Qu’entends-tu qui retiens ton souffle dans l’attente fébrile de la voix des songes ?

 

Fils dorés de transparence

Suspendus aux écharpes des bosquets

Tendus vers le                                                 du ciel

 

Ne l’entends-tu pas qui chante vers toi ?

 

Il te faut

Remonter le courant de ses larmes d’argent

Morcelé

Comme un miroir

 

Tu peux

Sauter

    tt                          ou

de                  e                               te

gou              en      g        t

ou                                       do

de  d                                       en

e                                        u           t                                                 e

 

 

Aussitôt, tu touches

Mille instantanés de ce que cachent les nuages :

Insoupçonnable océan de lumière, ô rêve caressé par le rêve !

 

Tu peux aussi accepter de recevoir l’orchestre étrange qui se dégage des ronces — flûtes du vent imperturbable que dessine une rivière de cymbales.

 

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J’ai écrit ce poème en février 2017, et j’avais finalement adopté une forme en prose : Il pleut sur Nanterre. Je suis très contente de l’avoir retrouvé dans mes tiroirs numériques, ils sont assez différents. N’hésitez pas à dire en commentaire ce que vous en pensez, je suis très curieuse !

 

 

Pourtant


 

combat

Photographie : Margot Roisin ~ tous droits réservés.

 

Pourtant j’ai cru à la force de qui impose son sauvage

 

 

Fer

 

Fer

 

Fer dépassé par bois

Bois par-dessus fer

 

Fer

 

 

Bouquet de ronces, maintenant

Je sais aussi le vert mensonge de ton courage :

A l’envers du grillage

Tu couds ce qui te retient.

Vertes rivières du souvenir


Enfant, tu croyais la vie à l’image des vertes rivières du Sud où, dans le biseau des rochers, tes mains se risquaient à chercher quelque écrevisse qui s’y serait perdue.

 

De gris minéral et de bleu d’été, l’eau était un choc de reflets. L’ombre y flottait, tranquille, insaisissable, floue, telle l’auréole de gaz qui habille les flammes.

 

Tous, nous avions aux pieds ces sandales percées de plastique blanc, pour ne pas nous frotter à l’écorce des pierres, endormies dans l’écume douce que le courant faisait bouillir. Avides d’adhérence, il suffisait de quelques brassées pour ôter, en cachette, les semelles trop glissantes.

 

Lesquels de ces doux combats t’animent à présent ? Je ne sais. A chaque feuille que vent reprend se détache une note de la mélodie qui façonnait ton corps nu. Rives, herbes et chants de source semblent loin désormais. Seule reste l’Ombre, qui toujours résiste aux courants.

Passer sans traverser


Ici la vie n’est qu’un passage brutal de portiques tourniquets mâchoires horizontales individualisées mécaniques le souffle sec qu’elles laissent passer lorsqu’elles se referment toujours dans le dos signe les étapes un homme ligne 13 en gilet orange est payé chaque matin pour être la voix de ces portes infernales sa bouche s’ouvre et dit qu’il faut laissez-les-passagers-descendre-s’il-vous-plait-messieurs-dames-avant-de-monter ventriloque métro ventriloque est-ce vraiment ça aller les autres se le demandent aussi c’est sûr ils y pensent et vite et encore d’autres corps entrent ils ont réussi à passer les portiques de sécurité là c’est mieux. C’est bien ?  

 

Dans son élan le tube fait chanter les rails

Grotesques baleines

Ventral métro ventral.

Quels mots faudra-t-il

Pour dégonder les portes ?

Dans les pas de Narcisse.


Glacier ! Gardien de tout ce qui ne sera jamais fini : quelles couleurs ta peau de verre rendra-t-elle jamais à la nuit ?

 

Sous mes pieds, l’eau s’est figée comme on rêverait quelques élans d’aiguilles arrêtées. Elle boit toutes les empreintes et j’y cherche mon visage.

 

Poème ! Toi qui sait la langue du vent : se peut-il que jamais ne me réponde que l’écho de mon reflet ?

Douce illusion


2017-11-10 15.52.12

Photo : Boris Sentenac – Tous droits réservés

L’hiver déjà est venu recueillir les paroles de son père

Secrets, leurs chants de feuilles brillent tels mille petits soleils

Tremblants comme une main qui s’avance vers un cierge

 

Braves petits soleils,

Qui ne se raccroche avec autant de vigueur,

A l’espoir que la dernière caresse

Sera celle d’une main gantée de vert ?

Sur la même photo, vous trouverez le poème « L’ombre à l’or » de Boris Sentenac 🙂