Dans le train


 

En son ventre, rien ne te force à te mouvoir que le destin métallique et linéaire du train. Apaisée par l’impuissance, tu t’amuses à compter la vitesse à laquelle les arbres s’éloignent au derrière, pour tromper ta peur d’oublier

 

Ton regard, ripant parfois sur la fenêtre, ne retiens rien d’autre du paysage qu’une vague impression de tâches vertes, de cyprès noyés et de points noirs semés dans les carrés de terres labourées

Le ciel, lui, fuit paisiblement en arrière, plus lent, comme retenu par quelques nuages de remords. Qui sait ce qu’il se chante aux latitudes lointaines où son sourire vient s’éteindre ?

Ton regard se croise lui-même dans la vitre, lacéré par le panorama que rien ne retient. Est-ce cela qu’on appelle mémoire ? Ce lieu où le flou est stable et le rigide se mouille ?

 

En son ventre, tout te pousse à chercher l’apaisement par-delà l’impuissance du non-lieu. Tu t’amuses à imaginer ce que seule la locomotive peut voir et savoir, pour oublier ta peur de ne pas oublier.

S’il faut atteindre le magma sourd du soleil


 

Un soir de mistral

Au miroir des vents

Les volets claquent :

 

Quelque chose a percé

L’indifférence apparente des murs,

Une voix qui dit

« Ici : on renoue avec le sauvage ».

 

La plume

A lâché prise

Entre les ruines.

 

S’il faut atteindre

Le magma sourd du soleil

Pour déflorer

Tuméfier

Assouvir

Explorer

Concentrer

Excentrer

Démembrer

Convertir

Tes certitudes

 

Alors

Il faudra

En accepter

La finitude

Essentielle

Ventriloque

Intérieure

Centrifuge

 

 

Exilée

 

 

 

 

 

 

 

Poème inspiré par Careful with that axe, Eugene – Pink Floyd :

 

Vous pouvez également découvrir sur le même thème le poème de Boris Sentenac en cliquant ici !

Le poème ne connaît pas de temps


Comme pour mettre fin à cette cérémonie de la peur d’affronter la virginité de la feuille, un flux de nostalgie est venu éclabousser mon cœur de cette chaleur bleue de nos heures d’escapades et emporte au reflux les battements affolés des oiseaux-mots. L’oreille, telle un coquillage ouvert sur le silence, goûte au sel de l’écho du passé.

En ces temps-là nous partions, souvent aux portes de la nuit, pour glisser vers l’autoroute sur le fil de l’horizon. La voiture, d’ordinaire cage de tôle, devenait à la fois notre liberté et le moyen d’y parvenir. N’importaient alors plus les étoiles cachées par les lumières tapageuses des villes, nous les savions tout autour et devinions leurs yeux fermés comme hiboux cachés dans la forêt de la nuit.

Ma nostalgie devenant espoir, me revient aussi ce jeu de nos regards lancés parallèles aux confins du lointain.

Douce intimité où il n’y a besoin ni de dire ni de faire pour être, en ces temps-là nous partirons, souvent aux portes de la nuit, pour glisser sur l’autoroute vers le fil de l’horizon.

 

Assise sur le ponton


 

Comme j’envie aux poètes cette force de construire dans le mouvant une zone de confort qui soit autre que le rocher de la morale. Assise sur le ponton, il m’arrive de les sentir au lointain tels de patients souffleurs de vers allonger leurs mots en une ligne sur laquelle vient tendrement se coucher le soleil, un horizon tordu à la géométrie complexe escarpée de montagnes, pics, chardons, cet espace indicible et pourtant bien réel de l’entre-deux.  Je les vois, graphiant l’intérieur inconnu à la sueur du regard, entrevoir le monde par nuances de différences, à la manière des ethnologues.

Suis-je par ce que je sens ? La peau est-elle la toile du soleil ? Comme l’on s’amuse, enfants, à compter les rides jusque-là cachées du chêne pour en déduire son âge, ne nous savons nous qu’à l’empreinte que le monde laisse en nous : plissements de jupes, voiliers ouverts, aube aux mille promesses ? Ce que le couchant pénètre dans les pupilles et vient ricocher sur le lac de la mémoire, ces ondes concentriques qui se déploient, est-ce cela qui nous donne un visage ?

Ainsi leurs mots sont des vents qui me renvoient sur les rivages du doute. Assise sur mon ponton, sans avoir osé plonger dans cet océan de quête, mais en ayant voulu voir tout de même quel étrange dialogue de reflets peut se nouer à sa surface, je comprends que je ne fais jamais que de prolonger le terme. Naïvement, et sans doute avec un jeune orgueil, je pensais abattre moi aussi les frontières de l’évidence à grand coup de lyrisme. Mais que fais-je en réalité, sinon que de les euphémiser, de les distendre, d’en étirer la fibre élastique sans jamais réussir à la déchirer ?

 

Entré par la fenêtre


Entré par la fenêtre, le printemps est venu souffler

Dans mon cou son haleine, dorée d’un vert jeune.

 

L’horloge cachée dans la cuisine décoche

Ses notes et les aligne au chant qui fait s’ouvrir

 

Les mains des cerisiers. Sans le voir j’ai

Plongé dans l’écorce ovale du présent.

 

Douce heure, où les graines du rêve, semées

Par la nuit éclosent en ces mystères :

 

Ici, les mots que je lis font naître des images

Aveugles. Ce qui sent, sait.

 

Une langue fraîche entre par la fenêtre :

Jusque-là cachée dans le jour, la nuit revient doucement.

 

Des connexions


Mon regard noyé dans la lumière bleue, agressive, de l’écran :

Océan de futilités sur lequel voguent les

Radeaux d’un monde qui fuit le Rêve.

 

Surbrillance. Déguisée en étoile

La superposition, même infinie,

Des éphémères

N’imite que grossièrement

Le tissu de l’éternité.

 

Qui refuse de se consumer, c’est-à-dire d’émettre

Par-delà l’attente du reflux

N’atteindra jamais la noblesse des phares.

Éclat de façade


éclat de façade.jpg

Photographie : Boris Sentenac ~ Tous droits réservés 

 

 

Tu es l’illusion que l’on aime aimer

Le rêve dont on caresse le chant de lumière

Beauté caméléon, que caches-tu sous l’éclat ?

 

Les rumeurs ricochent sur ta surface

Imperturbable :

Aucune onde ne trahit le trouble

 

La rue ne vit que pour cet instant fugace

Où tu bois la lumière

La source n’importe plus

 

Nul ne sait ce que tu confies à la nuit

Ni les ombres dont elle protège le secret

 

Parfois à l’heure de la rosée, sous ton éclat de façade,

J’entends s’échapper comme un soupir de gerçure.

 

 

Inspiré par la même photographie, je vous invite à découvrir le poème de Boris Sentenac en cliquant ici !

Marseille


Toujours me hante ton visage impossible

Brouillé comme le jeune soleil

Encore couvert de son placenta d’horizon

 

Mouvement aux mille vitesses superposées

Un serpent qui déroule ses anneaux :

Eclats de miroirs

Dont tu décales sans cesse les strates

 

Poussières, klaxons, accents forts

Et le soleil

Bleu

Brut

Imperméable

 

Rêve mouvant qu’aucun idéal ne peut emmurer :

Mon amour, toujours intact

 

Qui marche dans tes murs

Découvre de nouvelles empreintes

Sur les chemins déjà parcourus

Qu’aucune mer de poussière

Ne peut ensevelir

 

La plume tremble

Comment saisir cet éphémère, autrement que dans ses traces ?

Toujours me hante ton visage impossible

Photos !


Bonjour à tous,

Certains s’en sont déjà rendu compte, un onglet supplémentaire est apparu sur le menu de ce blog.

Il s’agit d’un lien qui vous conduit tout droit sur le site Internet de Jean – Michel Mélat – Couhet. Photographe, la grande qualité de son regard mérite d’être découverte !

A bientôt.

http://www.j2mc-photographie.fr/

Douce alors est venue la pluie


L’allée, à laquelle nulle âme ne se laisse plus promener, avait pris l’air d’un matin qui, résistant à l’appel du jour, en dilatait les heures liminaires. Douce alors est venue la pluie, déposer de nouveaux rêves là où plus une voix ne vient glisser sur le silence intime.

Les volets, griffés par des années d’abandon, accueillaient avec délice ce nouveau vernis, qu’ils buvaient pour oublier qu’à la nuit retrouvée, les poils de bois se redresseraient en un frisson de solitude, sans aucune main pour venir les caresser au rythme de la lumière. L’heure était à l’oubli de l’absence. Les maisons sans âge, que n’habitaient plus que quelques fantômes de souvenir, acceptaient l’espoir de les revoir danser. Au fond, cette mémoire qui, latente, ne se sait pas, empêchait les vieilles pierres de s’écrouler comme un squelette dé-vertébré.

A la caresse des étoiles d’eau sur les rigoles des meulières devenant gemmes, la mousse naissait, jeune, humide et impatiente. Dans chaque pore de ces bâtisses abandonnées, le tapis vert venait se nicher, pour cimenter de rêveries la solitude, pénétrer ces muqueuses, les gorger d’ailleurs, lécher la sécheresse et accueillir en retour les échos qui attendaient que le parfum du vent vienne en secouer la poussière. Pour un instant, rappeler aux pierres les heures bénies où elles étaient foyer …